Yi Jing (calligraphie de Weiyi)
La
pensée chinoise, on le sait, est une pensée dite corrélative (Léon
Vandermeersch : Les deux raisons de la pensée chinoise P. 113 et
suivantes) ou relationnelle (voir Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise,
Introduction).
Le
propre d’une pensée relationnelle ou corrélative est de montrer qu’un élément
ne peut pas être compris en lui-même, isolément, de manière séparée. Pour être
analysé, il doit être mis en relation avec un ou plusieurs autres éléments. C’est
le fondement de la méthode comparatiste. C’est ce que nous dit
Lévi-Strauss : Pas plus que les mythes, les masques ne peuvent
s’interpréter en eux-mêmes et par eux-mêmes comme des objets séparés. Envisagé
au point de vue sémantique, un mythe n’acquiert un sens qu’une fois replacé
dans le groupe de ses transformations…La voie des masques P. 18.
Ce
qui est vrai pour les masques et les mythes indiens est vrai également pour les
hexagrammes du Yi Jing. Toujours interprétés deux par deux, les
hexagrammes traduisent des situations transitoires dont de sens et les
tendances qu’ils recèlent n’apparaissent que dans leur transformation.
Jacques Gernet L’intelligence de la Chine, cité par Anne Cheng P 279.
J’ai
souligné dans les deux citations le mot transformation car cette
notion est le point central de la méthode de Lévi-Strauss : Dès lors
qu’on essaye de rendre compte de la diversité, quel que soit le domaine
considéré, par les façons différentes dont les éléments peuvent se combiner, le
recours à la notion de transformation s’impose. De prés et de loin, Entretiens
entre Claude Lévi-Strauss et Didier Eribon.
Or
qu’est ce que le Yi Jing si ce n’est une tentative pour rendre compte de
la diversité par les façons différentes dont les traits des hexagrammes peuvent
se combiner ? Il est donc logique que la notion de transformation soit
centrale dans le Yi Jing (notons qu'une des traductions de Yi Jing est Livre des transformations) comme dans l’analyse des mythes, les différents
types de pensées relationnelles utilisant les mêmes mécanismes de l’esprit.
Dans
Figures de l’immanence, François Jullien nous propose d’étudier trois
nouveaux couples de figures : les hexagrammes 31 et 32, Xian et Heng,
41 et 42, Sun et Yi, 63 et 64, Jiji et Weiji qui procèdent par transformation
des deux hexagrammes 11 et 12, Tai et Pi que nous avons abordés dans
le post précédant. Que nous découvrent ces transformations si ce n’est le
fonctionnement de la pensée chinoise ?
A
suivre,
Jean-Louis
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